Léger « coup de pouce » pour le salaire minimum
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En juillet 2006, le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) a été porté par le gouvernement à 8,27 EUR l'heure. Cette hausse intègre un léger « coup de pouce » qui porte la croissance du SMIC horaire un peu au-delà de l’obligation légale.
Avec la hausse décidée au 1er juillet 2006, le SMIC horaire s’établit à 8,27 EUR, soit une rémunération mensuelle brute de 1 254,28 EUR et un SMIC mensuel net de 986 EUR pour une durée hebdomadaire du travail de 35 heures.
La hausse légale du SMIC doit prendre en compte au moins deux éléments :
- Le taux d’inflation (indice des prix à la consommation hors tabac) ;
- la moitié de l’augmentation du pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier.
- tenu de ces deux éléments, le niveau du SMIC horaire aurait du atteindre au minimum 8,25 EUR ( 2,75 %). Le gouvernement a décidé de majorer cette hausse légale de 2 centimes pour accorder un coup de pouce aux smicards. La hausse est donc de 3,05 %. En termes de pouvoir d’achat, le gain pour les salariés payés au SMIC sera de 1,15 %.
Réactions
Les syndicats ont unanimement dénoncé la faiblesse de cette hausse. Maryse Dumas (Confédération générale du travail, CGT) s’est déclarée « profondément révoltée » et a appelé « l’ensemble des organisations syndicales et des salariés dans les entreprises à multiplier les conflits et les actions unitaires. » Pour la CGT, qui revendique un SMIC à 1 500 EUR, il faut aujourd’hui « augmenter les salaires pour soutenir la croissance et augmenter les comptes des régimes sociaux ». Michelle Biaggi (Confédération générale du travail – Force ouvrière, CGT-FO) a déclaré que c’est une « sacrée déception. Il s’agit d’une hausse de 24 centimes d’euro par heure pour les salariés au SMIC qui sont ceux qui ont le plus besoin d’une augmentation de pouvoir d’achat ». Laurence Laigo (Confédération française démocratique du travail, CFDT) a demandé « une conférence imminente sur les revenus », car « la mesure sur le SMIC ne répond pas à l’ensemble des revendications et des besoins des salariés. »
Pour le patronat, cette hausse est trop forte, même si les réactions ne sont pas à l’unisson. Denis Gautier-Savagnac (Union des industries minières et métallurgiques, UIMM), qui représente le Mouvement des entreprises de France, MEDEF à la commission de la négociation collective, a dénoncé « une décision électorale, marquée par le contexte politique ». Quelques jours avant l’annonce de la décision finale, Laurence Parisot (MEDEF) avait tenu des propos plus modérés, estimant qu’une hausse de 3% était « un chouia trop élevée par rapport aux critères objectifs » d’inflation et de productivité.
Jean-Louis Borloo, ministre de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du logement, a affirmé que le relèvement du SMIC contituait « une décision politique forte. Nous n’avons pas oublié les manifestations du 10 mars 2005 », a-t-il ajouté. Le ministre a également rappelé que « en quatre ans, le SMIC horaire a augmenté en cumulé de plus de 20%. »
Une charge croissante pour l’Etat
La question du pouvoir d’achat des salaires est revenue au premier plan depuis un an, avec les fortes mobilisations des salariés au mois de mars 2005 (FR0504101N). A la suite de ces manifestations, le gouvernement avait incité les partenaires sociaux à négocier sur les salaires minima dans les branches professionnelles, car ces salaires minima restent bien souvent inférieurs au SMIC. Ceci traduit d’une façon plus générale l’état de la négociation collective en France. Dans ce contexte, le salaire minimum joue un rôle crucial pour les salariés à bas salaire.
Avec les exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires, la hausse du SMIC ne pèse guère sur les comptes des entreprises. Ces exonérations concernent en effet tous les salariés jusqu’à 1,6 SMIC. Cependant, d’après une étude du ministère de l’Emploi, la hausse du SMIC n’a guère d’effet au-delà de 1,4 SMIC. Dans ces conditions, certaines entreprises peuvent même être gagnantes.
En revanche toute revalorisation du SMIC a une incidence directe sur le budget de l’Etat. Avec les subventions fiscales accordées directement aux salariés à bas salaire par le biais de la Prime pour l’emploi (PPE), le pouvoir d’achat des salariés à bas salaire dépend de plus en plus directement de ce dispositif. D’autant que le montant de la PPE a été fortement revalorisé au cours des dernières années.
Dans les faits, la tendance qui se dessine depuis une dizaine d’années est donc celle d’une prise en charge croissante par l’Etat du coût du relèvement du pouvoir d’achat, via les exonérations pour les employeurs et les crédits d’impôt pour les salariés à bas salaire.
Pierre Concialdi, IRES