Conférence sur l’emploi et les revenus : les syndicats dénoncent une « mise en scène »
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En décembre 2006, le Premier ministre Dominique de Villepin a réuni les organisations syndicales et les représentants du patronat pour une conférence nationale sur l’emploi et les revenus. La précédente réunion de ce type s’était tenue en 1997, sous le gouvernement de Lionel Jospin. Si le patronat s’est déclaré plutôt satisfait de cette conférence, les organisations syndicales ont été unanimes pour dénoncer une opération de communication du gouvernement.
La conférence
En organisant cette conférence, le Premier ministre voulait effacer l’image qu’il avait laissée dans l’opinion lors du printemps dernier, lorsqu’il avait voulu imposer le Contrat première embauche, CPE (FR0605059I) sans concertation.
Afin de préparer cette conférence, un rapport du Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale, CERC avait été remis au Premier ministre un mois plus tôt, le 17 novembre 2006.
Le rapport soulignait notamment que l’emploi instable « est l’une des causes de la croissance des inégalités de revenus en France ». Il mentionnait également dans ses conclusions que « l’un des points cruciaux de la lutte contre les inégalités ou plus exactement de l’accès à des niveaux de vie plus décents, renvoie au thème de la sécurisation des parcours professionnels ».
A l’issue de la conférence du 14 décembre, le Premier ministre a proposé « un certain nombre de mesures ou chantiers à ouvrir dès les prochaines semaines ». Il a aussi souhaité que cette conférence se tienne chaque année. Plusieurs mesures plus concrètes ont été annoncées :
- en matière de logement, des garanties supplémentaires seront prévues pour couvrir les bailleurs contre le risque de loyers impayés ;
- un crédit d’impôt a aussi été instauré pour les ménages non imposables ayant recours à des emplois de service pour la garde d’enfants et l’aide aux devoirs ;
- Enfin, la hausse du SMIC - qui entre en vigueur le 1er juillet - sera désormais annoncée le 1er janvier pour « permettre aux branches de mener à bien les négociations salariales en connaissance de cause ». Selon le ministre délégué à l’emploi, Gérard Larcher, 73 branches professionnelles ont encore en 2006 des salaires minima inférieurs au SMIC (FR0604019I).
Réactions
Les organisations syndicales ont été unanimes pour dénoncer la « mise en scène » organisée par le gouvernement et le peu de résultats concrets. « C’est une mise en scène […]. Les seuls satisfaits sont les employeurs puisque le gouvernement ne leur demande rien » a déclaré Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT. Pour François Chérèque, secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail, CFDT, « les déclarations du Premier ministre sont notoirement insuffisantes » ; « C’est une opération de mise en scène qui nous a permis dans un premier temps de débattre sur le fond des problèmes, mais qui n’a pas tenu compte des expressions et des débats dans ses conclusions ». Jean-Claude Mailly, secrétaire général de la Confédération générale du travail – Force ouvrière, CGT-FO, a affiché sa déception : « Je ne m’attendais pas à des miracles et il n’y en a pas eu ». Pour la Confédération française des travailleurs chrétiens, CFTC, Jacques Voisin a déclaré : « C’est très superficiel. Cela ne répond vraiment pas aux attentes des salariés ». Quant à la Confédération française de l’encadrement – Confédération générale des cadres, CFE-CGC, elle a déclaré par la voix de son président nouvellement réélu (FR0701029I) que le bilan était « mitigé ».
De leur côté, les organisations patronales affichaient une certaine satisfaction. Selon la présidente du Mouvement des entreprises de France, MEDEF, Laurence Parisot, « la journée a été plutôt utile ». Le président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises, CGPME, Jean-François Roubaud, s’est déclaré « assez satisfait de cette journée ».
Commentaire
Avant le début de la conférence, les organisations syndicales se montraient cependant assez sceptiques sur la capacité du gouvernement à prendre réellement des mesures concrètes et significatives, cinq mois seulement avant l’élection présidentielle.
Le rapport du CERC mentionne renvoie l’importance du thème de la sécurisation des parcours professionnels, idée qui avait été inscrite dans les revendications de la Confédération générale du travail, CGT lors de son 47ème congrès en 2003 (FR0305102N) et reprise, depuis, par de nombreux acteurs politiques et sociaux. Cette référence pouvait laisser penser que cette conférence pourrait être l’occasion d’aborder ces questions et, plus généralement, le problème de la précarité grandissante de l’emploi.
Les manifestations du printemps 2006 avaient posé avec force la question du pouvoir d’achat des salaires. Cette question est revenue dans le débat public à l’automne 2006 (FR0609029I), à la suite d’une controverse sur le décalage entre la mesure officielle de l’indice des prix et celle du pouvoir d’achat des ménages. L’absence de réponse concrète à cette question à l’issue de la conférence explique, dans une large mesure, les réactions syndicales. Celles-ci avaient formulé diverses propositions qui n’ont pas été retenues.
Pierre Concialdi, Institut de recherches économiques et sociales (IRES)