La CGT obtient l’emploi d’agents portuaires à un terminal méthanier
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Après 18 jours de grève, le syndicat CGT du Port autonome de Marseille, opposé à Gaz de France qui voulait assurer elle-même le branchement et le débranchement des méthaniers accostant au futur terminal gazier près de Marseille, a fini par obtenir gain de cause. Au printemps 2008, cinq postes à temps plein seront réservés par Gaz de France aux agents du Port autonome.
Le 14 mars, le syndicat de la Confédération générale du travail, CGT du Port autonome de Marseille (PAM) a lancé un arrêt de travail de 24 heures reconductibles sur les bassins pétroliers, appelant les employés de l’établissement public à caractère industriel et commercial, EPIC du PAM des autres bassins portuaires, à un arrêt des heures supplémentaires et des travaux exceptionnels de nuit et de dimanche. Ces mots d’ordre du syndicat majoritaire du PAM ont fait suite à un désaccord qui l’oppose à la direction de Gaz de France, GDF, toujours dans l’attente, par ailleurs, de la finalisation d’un rapprochement avec Suez (FR0603039I).
La grève de mars 2007
La CGT du PAM veut obtenir l’emploi d’agents portuaires pour le branchement et le débranchement des méthaniers au nouveau terminal gazier de GDF à Fos-sur-mer près de Marseille devant entrer en activité au printemps 2008. Pour le syndicat, seul ce dispositif permet d’appliquer le principe d’intervention réservée sur le domaine public. Cette règle qui privilégie l’emploi de personnels sous un certain statut dans certains espaces maritimes, est une pratique motivée par des raisons de sécurité.
Mais, la direction de GDF qui invoquait des raisons de sécurité car le gaz liquéfié est déchargé à une température de -160 degrés, désirait n’y employer que son propre personnel spécialement formé comme elle le fait déjà à son terminal méthanier en activité à Fos-sur-mer depuis 35 ans.
Malgré plusieurs tentatives de discussions, les négociations ont achoppé chacun campant sur ses positions avec deux protocoles d’accords rejetés.
Après une quinzaine de jours de grève et le durcissement du mouvement, le Port autonome de Marseille, le premier port français et méditerranéen, le quatrième port européen en volume de trafic total (100 millions de tonnes par an) qui emploie quelques 1 500 salariés et induit localement 40 000 emplois directs et indirects, quelques 63 navires étaient bloqués en rade de Fos-sur-mer en attente de déchargement et les industriels du pétrole s’alarmaient pour le ravitaillement de 6 raffineries françaises et 2 d’Europe.
La direction nationale de la CGT est alors intervenue auprès du Premier ministre, Dominique de Villepin qui a finalement dû s’impliquer dans le conflit qui menaçait directement l’approvisionnement de 40% de la production pétrolière nationale.
Le 31 mars, après deux jours de négociation d’un protocole d’accord de fin de conflit conclu entre :
- La CGT,
- La Direction du PAM,
- GDF,
c’est à l’unanimité que les salariés rassemblés du PAM ont approuvé cet accord qui prévoit :
- Sur le futur terminal gazier de GDF à Fos-sur-mer, l’emploi de cinq postes à temps plein de salariés du PAM, placés sous la responsabilité de GDF,
- La négociation d’« une charte de l’emploi portuaire » entre la direction du PAM et les syndicats.
Une grève qui laissera des traces ?
Après 18 jours de grève, soit le plus long conflit du PAM depuis 1993 et la réforme qui prévoit que :
- Les dockers sont directement employés par les entreprises de manutention et sous leur commandement ;
- Les grutiers qui chargent et déchargent les navires, restent employés par les Ports autonomes,
la CGT du PAM a obtenu à l’issue du bras de fer que les agents du PAM interviennent aux côtés des employés de GDF sur des opérations de branchement et de débranchement des navires sur le futur terminal gazier de Fos-sur-mer.
Pour le président de la Chambre de commerce et d'industrie, CCI de Marseille Provence, membre du conseil d’administration du PAM qui est le troisième port mondial pour les hydrocarbures (après Rotterdam aux Pays-Bas et Houston au Texas) et investit annuellement une centaine de millions d’€, ce mouvement est inquiétant car l’avenir du port passe par le contact avec les grands clients qui attendent du PAM fiabilité, continuité et sécurité. Le président du Mouvement des entreprises de France, MEDEF de Marseille a appelé à « la privatisation des structures portuaires » et critiqué l’accord adopté où « l'Etat condamne l'avenir du port pour acheter une paix sociale de courte durée ».
Du côté des organisations syndicales, la fédération Chimie énergie de la Confédération française démocratique du travail, CFDT a critiqué les conditions de sortie du conflit où « le gouvernement a dépossédé GDF de la maîtrise de son outil industriel ». La fédération de l’énergie et des mines de la Confédération générale du travail – Force ouvrière, CGT-FO a jugé cet accord contraire au statut de GDF déplorant que ce soit « une revendication syndicale qui pousse GDF à externaliser » du travail.
Benoît Robin, Institut de recherches économiques et sociales (IRES)