Les caisses automatiques menacent-elles l’emploi dans la grande distribution ?
Clause de non-responsabilité: Ces informations sont diffusées dans le cadre d’un service au public, mais elles n’ont été ni revues ni validées par la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail. Leur contenu relève de la responsabilité des auteurs.
En 2007, l’accélération de l’équipement des grandes surfaces de distribution en caisses automatiques a provoqué les inquiétudes du personnel. Les mobilisations syndicales qui ont débuté au printemps devraient se poursuivre alors qu’un emploi de caissière sur deux pourrait disparaître d’ici 2012.
Après les stations-service automatiques, après l’apparition d’automates dans les agences bancaires, c’est au tour de la grande distribution (surtout alimentaire) de mettre en place depuis 2004 des caisses automatiques.
Plusieurs systèmes sont à l'essai.
- Des « caisses minute », d’une part. Le client y scanne lui-même ses produits et paye avec une carte ou en espèces.
- Le « self-scanning » d’autre part qui permet au client muni d’un « pistolet » de scanner les codes à barres des articles qui viennent remplir son chariot. Le client peut éventuellement faire appel à une « hôtesse commerciale » pour résoudre les difficultés rencontrées.
Les principales enseignes de la grande distribution ont introduit ce nouveau système mais à des degrés divers. Auchan a équipé 40 de ses 120 hypermarchés et envisage de l’étendre à 30 autres avant la fin de l’année 2007. Casino a fait le même choix dans 60 de ses hypermarchés sur 127 et 23 supermarchés sur 400. Carrefour, le premier groupe du secteur a équipé 23 de ses hypermarchés sur un total de 218. Selon l'association technique de la distribution Perifem, entre 15 et 20 % des 10 685 magasins de l'hexagone sont concernés.
Ces chaînes soutiennent que l’extension de ce système ne se fera pas au détriment de l’emploi, ces caisses étant principalement appelées à répondre à la grande volatilité de la fréquentation des grandes surfaces. Michel-Edouard Leclerc, président du réseau du même nom, souligne qu’il y a une vraie « demande des clients ». Le client qui vient faire un achat pendant sa pause repas ne souhaite pas faire la queue avec des clients aux Caddies débordant de victuailles. De même, chez Carrefour, on note que ces caisses libre-service ont « remporté une forte adhésion du personnel puisque la demande des hôtesses s'est révélée être supérieure aux besoins ».
En revanche, les organisations syndicales accueillent ces innovations technologiques avec inquiétude et considèrent qu’elles font peser une menace sérieuse sur les postes des 170 000 caissières de la grande distribution.
La mobilisation syndicale
Les 17 février et 9 mars 2007, la Confédération française démocratique du travail, CFDT, avec son association de consommateurs Asseco, a organisé ses deux premières mobilisations contre le développement des caisses automatiques. Les clients étaient invités à « refuser que la mise en place des automates de caisses se fasse au détriment de l'emploi ». Les 13 avril et 1er juin, de nouvelles actions ont eu lieu devant plus d’une centaine de magasins des enseignes Auchan, Champion, Atac, Carrefour et Casino.
Le syndicat s’inquiète de l'absence de négociations avec le patronat de la branche. Il « n'a pas daigné répondre à notre demande de négociations, notamment sur la mise en place d'une GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) et la problématique de l'avenir des métiers d'hôtesses de caisses », déclare la responsable commerce de la fédération CFDT-Services.
Pour le syndicat, ces caisses « mettront en péril, d'ici quatre à cinq ans avec leur généralisation, 50% des emplois de caissières, soit 85.000 » postes dans la grande distribution. La Fédération de la Confédération générale du travail – Force ouvrière, CGT-FO partage les mêmes craintes.
L’avis des employeurs et analyse
A cela, le président de la Fédération du commerce et de la distribution, FCD affiliée au Mouvement des entreprises de France, MEDEF réplique que n’existe « aucune menace à court et moyen terme pour l'emploi » et rappelle que le secteur crée « chaque année entre 10 000 et 20 000 emplois ». Du côté patronal, on préfère parler de redéploiement qui se ferait sans licenciement et serait l’occasion d’un élargissement des compétences des hôtesses désormais en mesure de se consacrer au conseil des clients.
Pour l’économiste André Gauron, « l'impact sur le chiffre d'affaires d'une perte de clientèle liée aux délais d'attente aux caisses s'est révélé plus important pour les résultats des entreprises que le bénéfice des exonérations. Compte tenu des problèmes d'organisation que pose l'ouverture d'un grand nombre de caisses à la mi-journée pendant un temps relativement court, l'installation de caisses automatiques se révèle plus rationnelle. Le mouvement paraît inéluctable aux yeux des professionnels du secteur. Il n'aura pas que des inconvénients pour les caissières : s'il affecte l'emploi à la baisse, il devrait en revanche permettre de réduire la précarité liée à un temps partiel massif et subi ».
A terme, la vraie crainte des syndicats concerne les puces RFID (Radio Frequency Identification) qui permettront autour de 2017 d’éditer automatiquement un ticket de caisse après le passage sous un portique.
Yves Lochard, Institut de recherches économiques et sociales (IRES)