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Conflit autour de l’indépendance éditoriale de la presse économique

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En novembre 2007, la vente du quotidien économique Les Echos au groupe de luxe LVMH a provoqué la grève des journalistes de la rédaction les 5 et 6 novembre. Ils manifestaient ainsi leur inquiétude sur les conséquences sociales de cette vente mais surtout sur l’indépendance de la rédaction et un possible conflit avec les intérêts économiques de l’acquéreur.

Après quatre mois de polémiques, de procédures et de conflits, le feuilleton de la vente du quotidien économique Les Echos a pris fin le 5 novembre. Le groupe britannique Pearson, propriétaire de ce journal ainsi que du Financial Times avait annoncé en juin dernier son intention de vendre le quotidien. Le groupe Les Echos (500 salariés) peut se prévaloir d’un chiffre d’affaires de 126,2 millions d’€ en 2006. Avec une diffusion de 116 762 exemplaires, il fait figure d’exception dans le paysage sinistré de la presse quotidienne française (FR0601101S).

Dès juin, Pearson avait opté pour des négociations exclusives avec le Français Bernard Arnault. Celui-ci possède avec LVMH un véritable empire du luxe avec des marques comme Louis Vuitton, Dior, Kenzo, Moët & Chandon, Guerlain, etc. Il s’est porté acquéreur du quotidien pour 240 millions d’€. Simultanément, le groupe LVMH a mis en vente le quotidien économique dont il était propriétaire, La Tribune. Cette condition était indispensable pour obtenir le feu vert de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) puisque Bernard Arnaud aurait été sinon propriétaire des deux seuls quotidiens économiques français.

L’opposition des journalistes à la vente

Dès le 23 juin, les journalistes des deux titres ont manifesté par une grève leur hostilité à ces deux opérations.

Ceux des Echos ont soutenu en juillet une offre de rachat de Fimalac, société financière dirigée par Marc Ladreit de Lacharrière pour 245 millions d'euros, soit 5 millions de plus que LVMH.

Les élus du CE ont saisi la justice en dénonçant « l'opacité du processus » de vente. Le juge des référés a finalement rejeté leur demande le 5 novembre. Aussitôt, Pearson et LVMH ont annoncé la signature de la vente. Les journalistes des Échos qui ont appris la nouvelle par une simple dépêche au moment du bouclage du journal ont voté la grève à une très large majorité (241 voix pour, 96 contre) ce qui a entraîné la non-parution du journal les 6 et 7 novembre.

Le 5 novembre, à l’occasion de la Journée européenne de la liberté de la presse à l’appel de la Fédération européenne des journalistes, un rassemblement avait lieu devant l’Assemblée nationale où l’intersyndicale des journalistes (Syndicat national des journalistes, SNJ) ; la Confédération générale du travail, CGT; la Confédération française des travailleurs chrétiens, CFTC ; la Confédération française démocratique du travail, CFDT et la Confédération générale du travail – Force ouvrière, CGT-FO) ont remis leurs propositions aux députés ainsi qu’une pétition lancée le 4 octobre « Il n'y a pas de démocratie sans liberté de la presse ». Les syndicats de journalistes, réunis pour la première fois depuis quinze ans, proposent « une loi garantissant  l'indépendance des rédactions, à l'heure où les dérives déontologiques, les rachats de médias et les pressions sur le contenu de l'information se multiplient, remettant en cause le droit de chacun à une information honnête, indépendante et fiable. » (www.intersj.info ).

Les inquiétudes sociales et éditoriales

Si les journalistes s’opposent à l'opération, c’est qu’à leurs yeux, elle « ouvre une ère de grave incertitude pour le journal, concernant son indépendance, compte tenu des conflits d'intérêts inéluctables avec LVMH, et des interrogations sur les plans social et stratégique ». (Société des journalistes des Echos, 8 novembre 2007 site internet des Echos). L’autre repreneur, Fimalac, leur paraissait offrir de meilleures garanties d’indépendance notamment avec un droit de veto de la rédaction sur tout changement des statuts du journal.

Sur cette question majeure, ils ont obtenu le soutien de l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS). Dans un communiqué du 12 novembre, l’AJIS « s’inquiète des conditions dans lesquelles les journalistes des Echos feront demain leur métier lorsqu’ils auront à couvrir l’actualité de l’une des nombreuses marques détenues par LVMH, le leader mondial du secteur du luxe et acteur économique important notamment dans la distribution. Et les soutient dans leur combat pour obtenir de leur nouvel actionnaire toutes les garanties éditoriales et déontologiques nécessaires à la réalisation du premier quotidien économique de France ».

Sur le plan social, les inquiétudes des salariés du quotidien ne sont pas moindres. LVMH s'engage à ne procéder à aucun licenciement collectif pendant 48 mois, à moins d'une baisse de chiffre d'affaires du Groupe Les Echos de plus de 20 % par rapport à celui de 2006. Mais, ces engagements n'ont aux yeux des salariés du journal aucune valeur juridique puisqu’ils n’ont pas fait l'objet d'une signature avec les organisations syndicales dans le cadre d'un accord collectif. Ils craignent en particulier qu’il existe des doublons de postes, notamment dans les services généraux et les régies publicitaires entre le pôle médias de LVMH (DI Group) et Les Echos.

Nicolas Beytoux qui dirigeait la rédaction du Figaro, vient d’être nommé le 26 novembre à la direction du pôle médias de LVMH. Pour lui, « le fait que des industriels s’intéressent au secteur de la presse doit être pris comme une chance et non comme un danger ».

Mais, l’issue de ce conflit n’est sans doute que provisoire puisque les salariés de La Tribune en passe d’être vendue par LVMH à NextRadioTV se sont mis en grève pour obtenir des garanties sur « le maintien des emplois et la qualité éditoriale ». Le journal n’est pas paru les 30 novembre et 1er décembre.

Yves Lochard, Institut de recherches économiques et sociales (IRES)

Dernière mise à jour de cette page: 04 Février, 2008
About this document
  • ID: FR0712019IFR
  • Author: FR2
  • Institution: IRES
  • Country: France
  • Language: FR
  • Publication date: 04-02-2008