Industrial relations

Les salaires minima ont augmenté dans toute l'Europe, mais les travailleurs à bas salaires sentiront ils la différence?

La plupart des États membres de l'UE ont enregistré des hausses de salaires pour les bénéficiaires de salaire minimum et les bas salaires, les salaires minimums et les bas salaires ont en effet progressé dans la plupart d'entre eux, du fait de l’augmentation des salaires minima légaux qui ont augmenté dans presque tous les pays depuis janvier 2018, avec des hausses significatives en Lituanie, en Espagne, en Grèce et dans les nouveaux États membres à bas salaires.

Si ces augmentations sont perçues comme des bonnes nouvelles pour les travailleurs payés au salaire minimum, l’étude d'Eurofound « Salaire minimum en 2019 - Revue annuelle » (Minimum wages in 2019 - Annual review), montre que les travailleurs ne ressentent pas automatiquement les effets positifs de ces changements en termes de revenus et de réduction des inégalités salariales. En effet, ces augmentations peuvent être limitées par des modifications de la fiscalité et par le fait que de nombreux groupes de travailleurs ne bénéficient pas de taux minima. De plus, bien que les femmes soient proportionnellement plus nombreuses à occuper des emplois au salaire minimum, l'augmentation du salaire minimum ne signifie pas nécessairement la suppression de l'écart de rémunération entre les sexes.

Plusieurs États membres ont cherché à réduite la pauvreté au travail et l'écart de rémunération entre les hommes et les femmes en augmentant le salaire minimum, mais ils ont adopté des réformes sans pour autant respecter les processus de dialogue social existants. Par conséquent, les révisions des taux des salaires minimaux peuvent ne pas avoir été fondées sur des données probantes. Par exemple, comme les femmes sont plus susceptibles d'occuper des emplois au salaire minimum ou à un salaire inférieur au salaire minimum, on suppose que l'augmentation du salaire minimum peut réduire l'écart salarial entre les sexes, mais que les changements apportés au salaire minimum peuvent réduire l'emploi des femmes mal rémunérées et accroître le niveau de non-conformité au salaire minimum. Elles peuvent également produire des « effets d'entraînement », en augmentant potentiellement les salaires des salariés les mieux rémunérés, où les hommes sont plus représentés, ce qui atténue l'impact, voire aggrave le problème des écarts salariaux.

Dans un certain nombre d'États membres, il existe des groupes de travailleurs, tels que les jeunes ou les saisonniers, auxquels le taux légal ne s'applique pas. Selon leur mise en oeuvre, les modifications du salaire minimum pourraient soit augmenter leurs salaires, soit aggraver les inégalités salariales existantes. Il y a aussi la question de la fiscalité : en Lituanie, les travailleurs au salaire minimum ont connu une forte hausse du taux nominal – (+ 39%) – l'augmentation nominale la plus élevée de l'UE – mais il s'agissait surtout d'un chiffre brut sur leurs fiches de paie, car les modifications des impôts et des cotisations sociales ont fait que l'augmentation du salaire net était plus modeste, mais non négligeable (+7.5%).

Néanmoins, il y a eu des changements importants du niveau du salaire minimum qui profitent à un grand nombre de travailleurs. Ainsi, l'Espagne a connu une augmentation significative de 22% de son salaire minimum. Compte tenu de la taille de l'économie espagnole, il s'agit probablement de l'augmentation la plus importante au niveau européen depuis que l'Allemagne a introduit un salaire minimum en 2015. Il y a également eu un changement significatif en Grèce, qui a augmenté, pour la première fois depuis 2012, son salaire minimum de plus de 10%.

Les pays où les taux de salaire minimum sont les plus élevés ont eu tendance à enregistrer des hausses plus modestes, allant d'environ +2% en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Irlande et en Allemagne (annualisées) à une hausse légèrement supérieure de +3,6% au Luxembourg. En termes réels, corrigés de l'inflation, ces hausses ont été plus faibles, par exemple +0,1% en France et +0,16% en Belgique. La Lettonie a été le seul pays à ne pas avoir augmenté son salaire minimum légal, enregistrant une baisse 2,9% en termes réels.

Dans l'ensemble, ces hausses des taux du salaire minimum sont intervenues dans un contexte économique favorable, conjugué à la persistance de pénuries de main-d'œuvre dans certains secteurs, qui ont accru le pouvoir de négociation des travailleurs et ont amené les entreprises à payer des salaires plus élevés. L'Union européenne a également joué un rôle, la référence au « salaire minimum adéquat » dans le pilier européen des droits sociaux ayant suscité des débats au niveau national.

L'examen annuel des salaires minima dans l'UE réalisé par Eurofound est important dans la mesure où il examine non seulement les augmentations en termes nominaux et réels des salaires minima légaux, mais analyse également les salaires minima dans les États membres qui ne disposent pas d'un taux légal. Il examine les processus politiques, les structures de négociation collective et d'autres questions qui jouent un rôle crucial dans l'établissement des taux. Il examine également les tendances à long terme des salaires minima et l'impact des salaires minima et des bas salaires sur les différents groupes de travailleurs.

* Traduit de l’anglais par Frédéric Turlan, directeur d’IR Share, correspondant pour la France d'Eurofound

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