6 000 suppressions d’emplois chez Renault

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Dix ans après l’affaire Vilvoorde, le constructeur automobile Renault connaît un nouveau plan de restructuration à l’échelle européenne. Alors qu’en 1997 les suppressions d’emplois étaient concentrées sur un seul pays, avec la fermeture de sa filiale belge, en 2008 le plan concerne tous les pays européens, mais se concentre sur la France.

Le 24 juillet 2008, le PDG de Renault, Carlos Ghosn, a annoncé l’intention de supprimer au moins 5 000 emplois en Europe. La répartition géographique de ces suppressions n’a été précisée qu’après les vacances d’été. Le 9 septembre, la direction a présenté un plan de départs volontaires pour supprimer 4 000 postes en France. 3 000 de ces suppressions concernent les « effectifs de structure » (ingénieurs, techniciens, cadres commerciaux, etc.). Dans l’usine de Sandouville, 1 000 postes de production seront supprimés sur un effectif actuel de 3 800 salariés. Le 25 septembre, la direction a annoncé, devant le comité de groupe européen, 2 000 suppressions supplémentaires dans les filiales, 900 en France et 1 100 dans le reste de l’Europe. Il y aura donc au total 4 900 suppressions en France et 1 100 dans 19 autres pays européens.

Plan de restructurations

L’annonce de ces suppressions a surpris. En effet, Renault avait lancé en février 2006 un ambitieux plan appelé « Renault Contrat 2009 » (FR0711039I), avec trois objectifs principaux :

  • l’augmentation de la production,
  • l’augmentation de la rentabilité,
  • le lancement à Sandouville de la Laguna 3, un modèle de luxe avec des normes de qualité élevées.

En juillet 2008, malgré la dégradation du marché européen, Renault avait d’abord maintenu ses objectifs de rentabilité : 4,5 % de marge opérationnelle en 2008 et 6 % en 2009. En annonçant son plan de restructuration en juillet, Renault ne faisait que s’aligner sur la pratique de ses concurrents. Peugeot SA avait à ce moment déjà supprimé 14 000 postes en Europe en un an et demi, sans soulever de vagues dans l’opinion publique.

D’emblée la direction de Renault a annoncé son intention de mettre en œuvre son plan en France sur une base de volontariat, sans licenciement et sans fermeture de site. En octobre, elle a précisé les modalités de son plan d’incitation au départ qui comporte trois volets :

  • des indemnités incitatives au départ,
  • des soutiens financiers pour des départs anticipés en retraite,
  • des congés de formation-reclassement.

Réactions

Les réactions syndicales au plan ont été très négatives.

Le 3 octobre, le comité central d’entreprise de Renault SA a voté un avis négatif sur le plan d’incitation au départ. Les représentants de la Confédération générale du travail, CGT n’ont pas pris part au vote. La CGT considère qu’il s’agit d’un plan de licenciement camouflé et a attaqué le plan devant le tribunal d’instance. Quant au comité de groupe européen, il a réclamé la négociation d’un « accord de méthode européen » pour la mise en œuvre d’un plan européen de restructuration sans licenciement et avec un calendrier par pays.

Les réactions les plus virulentes étaient celles des salariés de Sandouville et celles de la CGT, le syndicat majoritaire à Sandouville. Dès l’annonce du plan, la CGT a appelé à des débrayages et a organisé des manifestations. Son appel a surtout été suivi à Sandouville où l’usine a été bloquée à plusieurs reprises. Les salariés de Sandouville se sont sentis trahis par la direction, faisant valoir qu’ils ont atteint les objectifs de qualité qui leur ont été assignés pour la fabrication de la Laguna 3. Or ce modèle a été un échec commercial. La CGT dénonce la stratégie industrielle de Renault fondée sur une « maximisation effrénée des marges » et réclame la production d’une voiture à bas coûts à Sandouville. En novembre, les capacités Sandouville ne sont utilisées qu’à 38 %, avec seulement une équipe et un recours fréquent au chômage technique qui a tendance à s’étendre à d’autres sites ainsi qu’aux sous-traitants.

L’affaire s’est très vite politisée (FR9803195N). L’usine de Sandouville a reçu la visite de plusieurs leaders des partis de gauche ainsi que, le 6 octobre, celle du président de la République, Nicolas Sarkozy. Même s’il a été mal accueilli par les salariés en grève, Sarkozy a tenu à assurer que l’usine ne sera pas fermée et que l’Etat, qui tient toujours 15% du capital de Renault, assumera ses responsabilités sociales et économiques. Il a ainsi annoncé une série de mesures supplémentaires, notamment des « contrats de transition professionnelle » pour les ouvriers, un soutien public à la recherche et des allègements fiscaux pour l’industrie automobile.

Udo Rehfeldt, Institut de recherches économiques et sociales (IRES)

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